Dominique Jalu
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Atelier porte ouverte - été 2017

Une exposition de 5 artistes

vendredi 11 août 2017

Nous sommes 5 artistes à exposer dans mon atelier. J’ai invité des ami(e)s. Nous avons une petite habitude de travailler ensemble ou au moins à nous fréquenter de loin en loin avec des projets de travail en collectif, de vagues rêves ou fantasmes à produire de concert. Chacun, chacune a apporté quelques travaux... Voici un texte de présentation de mon ami Aquil de Monjui.

Cette exposition collective improvisée, a priori disparate et éclectique, parle de trace.

La peinture (et peut-être les arts d’une façon plus générale) s’intéressent aux traces, plus qu’à épiloguer sur le rapport au réel. Tous nous cherchons des traces dont, apparemment, le réel est absent ! Et nous, les artistes, nous apportons notre contribution à ce grand sujet : « la trace ». Chacun, chacune montre des traces sous formes d’empreintes, de signes, d’écritures, de constructions imaginaires dont le rapport au réel semble évacué comme si cela ne nous intéressait plus, comme si le réel ne nous intéressait plus...

Et pourtant, à y regarder de plus près, ce rapport est bien là. Quelques fois pesant, quelques fois rebelle ou injurieux même, mais sous des dehors de ne pas y toucher. On fait comme si le réel était une question anecdotique ou sans intérêt (et pourtant « le réel, c’est quand on se cogne », disait Lacan). Cela trompe le spectateur, je le crains. Car le spectateur (lui aussi responsable) est conforté à ne pas voir ce rapport au réel et il se sent rassuré de ne pas avoir à détricoter la forme pour faire apparaître le sens. A la limite, il pourra dire : « je ne comprends pas la peinture ! ».

Par exemple le plaisir du répétitif obsessionnel. L’envie de chercher dans l’empreinte concrète et recopiée ou dans les signes abstraits alignés ou emberlificotés des images et des sens cachés, ou de laisser croître des imaginaires apparemment sans queue ni tête, cette envie est renforcée en nous par le répétitif, l’éternel recommencement. Nous avons le désir de nous dégager de la représentation, et de nous concentrer sur la répétition comme un cultivateur qui aligne ses plans de salade, un à un, pour révéler des visions nouvelles.

Mais nous n’avons rien décidé consciemment ; les choses viennent d’une sorte de pratique dans la quotidienneté qu’il faut bien assumer. Prendre des empreintes ou chercher des signes participent d’une sorte de rébellion. 

Cela n’a rien à voir avec une représentation et tout à voir avec une saisie dans le vif. 

Lorraine Beaujouan tourne autour de son sujet et ne veut pas y entrer complètement. Elle cherche, dans la transparence feuilletée, une révélation à la marge. Et elle recommence encore et encore les boucles ou les milles feuilles de papiers de soie, de papiers calques de soi...

Chantal Aubin emprunte aux empreintes des récits d’exils qui la portent vers de nouvelles poésies et de nouveaux livres d’aventure. Dans les leitmotivs apparaissent des idées de migrants...

Christophe Lalanne se constitue un alphabet dans les cicatrices moulées à la pâte à modeler et, insensiblement, il passe du minéral au symbolique. Dans les fêlures des murs se trouvent tant de révélations : « Heureux les fêlés, car ils laisseront passer la lumière »...

Linda Bocquel, elle, s’inscrit totalement dans le symbolique. Ses « bonnes femmes », dans des postures offertes à la concupiscence, ont les corps démembrés de chimères humaines qui poussent des cris contre la normalité. Elle nous laisse offusqués avec ces touffes de cheveux plantées et cousues une à une sur une femme de cirque table basse...

Dominique Jalu oublie progressivement ces grands tableaux d’empreintes par frottage et se consacre à l’écriture de dentelles transparentes... On ne voit pas bien où il veut en venir mais s’il persiste il entrera certainement dans un nouveau paradigme.

Aquil de Monjui

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