Dominique Jalu
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Nous ne voyons que ce qui nous regarde

Exposition à la médiathèque de Malakoff

mardi 22 novembre 2016

Mon travail de peinture débute souvent par une improvisation sans intention a priori. J’essaye de « produire » du hasard, de l’accident (!), et de garder une distance de spectateur par rapport au tableau en train de se faire. Bien des fois ce travail se fait en se fixant des sortes de contraintes techniques, des jeux répétitifs favorables aux rêveries et aux méditations.

Il arrive alors qu’une trace, une tache, une empreinte révèlent une image qui nous regarde... Cette image, il faut pouvoir la capter, ne pas la laisser passer et aussi ne pas être aveuglé par les clichés qui viennent nombreux.

Mais si l’image révélée se trouve porteuse d’une vraie charge spirituelle, alors on touche peut-être au beau artistique, dont Hegel dit qu’il est supérieur au beau dans la nature ; on touche au bonheur.

« Le beau artistique est plus élevé que le beau dans la nature. » Hegel, Esthétique

Pour Hegel, la beauté naturelle n’a pas de sens puisqu’elle n’existe que de manière immédiate, brute. La beauté dans la nature ne signifie rien et c’est pourquoi "l’esprit et ses créations sont plus élevés que la nature".

Est-ce suffisant pour dire que le travail artistique est forcément porteur de spiritualité s’il veut prétendre à la beauté ? Or nous avons tous des choses que nous ne voyons même pas parce qu’elles ne nous concernent pas ou parce qu’elles sont trop habituelles, trop clichés... Si chacun vit dans sa bulle, dans ses habitudes et dans ses certitudes, rien de tel pour être aveugle !

Argument

En mai 2015, à l’occasion des « ateliers portes ouvertes » de Malakoff, avec la graphiste Camille Dumant, nous avons présenté une installation autour du tableau de Diego Velázquez, Les menines.

Un texte servait d’à propos : « Nous ne voyons que ce qui nous regarde ». Titre au départ inspiré du philosophe et historien de l’art Georges Didi-Huberman mais sur lequel une digression s’est trouvée comme sortie d’un manuscrit de... Tombouctou... (sans commentaire !)

"Nous ne voyons que ce qui nous regarde. Pour le reste nous sommes aveugles. Si le monde qui nous entoure ne nous concerne pas, si la vie dans sa multitude nous est sans attrait, si l’autre nous indiffère, nous sommes dans le noir. Et s’il n’y a plus que l’habituel à percevoir, il n’y a plus d’art et nous tournons en rond avec nos signes, nos symboles et nos marottes. Sans se sentir parties prenantes, impliqués, engagés, nous ne voyons ni le décor, ni l’envers du décor. Il n’y a plus de représentation du monde et tous les hommes deviennent des étrangers. Car c’est notre capacité à rencontrer l’autre qui nous aide à voir là où nous pensions qu’il n’y avait rien. Celui qui n’aime pas s’enferme dans une prison sans lumière. C’est la fraternité qui ouvre les fenêtres."

Amin El Quidjou (1239 - 1312 de l’Hégire, soit 1824-1895)

Zone portuaire

Que faut-il pour qu’il y ait une carte ? Pour qu’on voie un territoire et non pas des lignes et des taches et l’idée d’un voyage qui s’accroche à l’image, des chemins qu’on peut suivre du doigt, des reliefs et des détails qui prennent vie même en dehors de toute référence à une réalité. En dehors des souvenirs d’une réalité, ce qui fait cartographie, est-ce un simple jeu ou une vue de l’esprit ?

Atlatide

Le réel et la réalité

Roger Caillois parle de sa passion pour les pierres mais il précise : « Je parle de pierres qui ont toujours couché dehors ou qui dorment dans leur gîte et la nuit des filons. Elles n’intéressent ni l’archéologue ni l’artiste ni le diamantaire... ». Ce dont il parle, ce sont donc des cailloux qu’habituellement on ne regarde pas. Un caillou, une pierre brute, sans couleur et sans forme bien définies... Mais si je remarque cette pierre brute, ce caillou qui rentre alors dans ma collection, il sort du réel. Je veux dire qu’il entre dans mes fictions, qu’il modifie la réalité. Les pavés mosaïques, les damiers qui ont longtemps servi les constructions perspectives et académiques, maintenant se distordent et se plissent. La réalité ancienne se perd.

Marc de café

Voir, n’est-ce pas aussi prévoir ? Autour d’un café, pour tenir debout la nuit, nous reprendrons en fraternité ce que nous avions oublié de notre futur : les visions.

Partition

C’est peut-être une écriture musicale et il n’y a rien à voir mais seulement à entendre...

Dans le tourbillon

D’après Wikipédia : une paréidolie est une sorte d’illusion d’optique qui consiste à associer un stimulus visuel informe et ambigu à un élément clair et identifiable, souvent une forme humaine ou animale.

Nous ne voyons que ce qui nous regarde (les 400 têtes)

Faudra-t-il qu’on se confronte sans arrêt à ce lamentable discours identitaire qui nous enferme ? Sortons des oppressions de la finitude, de la mise en frontières, de la prétendu tranquillité des barrières, et gagnons l’infini de la solidarité et de l’amour. Nous ne sommes rien sans l’autre.

Les villes invisibles

“Les villes sont un ensemble de beaucoup de choses : de mémoire, de désirs, de signes d’un langage ; les villes sont des lieux d’échanges, comme l’expliquent tous les livres d’histoire économique, mais ce ne sont pas seulement des échanges de marchandises, ce sont des échanges de mots, de désirs, de souvenirs.”

Villes invisibles 1
“Je parle, je parle , mais celui qui m’écoute ne retient que les paroles qu’il attend. Ce qui commande au récit, ce n’est pas la voix, c’est l’oreille.”

Villes invisibles 2
"- À partir de maintenant, ce sera moi qui décrirai les villes, avait dit le Khan. Et toi, dans tes voyages, tu vérifieras si elles existent.
Mais les villes que Marco Polo visitait étaient toujours différentes de celles que l’empereur imaginait."

Italo Calvino, Les Villes invisibles

Atlantide

Les archéologues ont recherché l’Atlantide depuis les premières descriptions faites par Platon, il y a 2600 ans dans ses dialogues qui sont la seule source historique concernant cette ville iconique. Platon a dit de l’Atlantide : "en un seul jour et nuit … elle disparut dans les profondeurs de la mer ».

Effacement

Faire parler le tableau c’est aussi faire le vide et ramener au blanc. Pour voir quelque chose il faut simplifier les signes et enlever les scories, passer de l’ombre à la lumière... A la limite, il y a la solution du tableau blanc ?

Plus jamais seul

Jeu de lettres et à chaque lettre les chemins de connexion. Mais il n’y a pas de passage entre deux lettres distinctes...

Homme médiatique

Celui qui se noie dans la masse et manie la langue de bois pour faire feu de tout bois

Les hommes Sopalin

Que reste-t-il de la fraternité ?

Tableau déjà présenté en octobre dans le cadre de l’exposition des "Artistes pour la paix". Évocation des plages d’échouages de l’Europe honteuse : que reste-t-il de la fraternité ?

Quatre masques

Sous le regard de Antoni Tàpies,Richard Texier, Pierre Alechinsky, Samir Khaddaj