Dominique Jalu
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Retour à la peinture

Texte écrit en 2005...

mardi 26 janvier 2010

Longtemps, la peinture a été pour moi une activité secondaire mais aussi secondante comme on parle de quelqu’un qui vous seconde, vous assiste. La peinture a été un port d’attache, un point d’équilibre, et elle a souvent pris possession. Il faut qu’elle concrétise des voyages intérieurs et dans cette concrétisation, elle devient présence, elle prend la parole.

Cette matérialisation m’interroge et me nourrit. Par le geste, par le pinceau, la couleur et la toile, je cherche cette rupture du sens qui se trouve dans l’action et la fabrication. J’y vois une sorte de passage de la parole à l’écriture. Car toutes les intentions, les idées premières, l’image en tête, ne se retrouvent jamais inhérentes au tableau. C’est autre chose qui naît et je tourne autour de cette idée, dans une recherche sans doute spirituelle sans pouvoir dire une quelconque démonstration.

Je suis un télétravailleur (informaticien, infographiste, chef de projet dans le domaine des technologies de l’information et de la communication appliquées à l’enseignement et la formation) et quand, fatigué jusque dans la nuque de faire défiler les lignes de codes sur mes écrans informatiques, je me retourne vers le mur opposé, le mur où j’agrafe la toile, il faut que je revienne à de la matière et que se dessine une présence concrète. J’écris donc, sur le mur opposé, d’autres lignes de codes et je m’enfièvre pour les enchevêtrement de signes jusqu’à ce qu’un objet émerge.

Je crois que se construit ainsi l’imprévu. De la masse des signes qui s’oppose aux silences - les repos du regard, les aplats de couleur - des séquences inachevées se présentent, des visages ou des corps que l’on croit reconnaître, des temples et des Dieux. Voilà l’objet, la présence concrète qui me restitue sous forme de signes et de mots indicibles une sorte de parole. Quelque fois une lecture mythologique plutôt que politique m’entraîne, lecture qui susurre de l’image mais que je ne cherche pas à expliciter. Il n’y a rien d’introspectif, rien d’une méthode. Simplement je sais que c’est dans l’intime que se trouve l’universel.

J’aime les abstractions des arabesques et des motifs linéaires, les chaînes d’ornements, les marques d’une écriture indiscernable. Je suis compulsif et j’aime ce qui fait masse comme un trop plein de signes. Dans les feuillages ou les paysages urbains, dans les branches des arbres, les déconstructions, les éboulis, des villes ravagées par les guerres, je cherche d’autres mirages et des lectures doubles, et je résiste tant bien que mal à la tentation illusoire de la figuration.

L’objet, le tableau, n’est jamais que ce qui reste, donc sans doute pas le plus important. Je vise souvent de grands formats parce qu’ils sont plus enveloppant ou parce qu’il faut qu’ils se regardent de loin. Je voudrais en venir à une peinture où la trace elle même n’est pas figée, s’interprète dans un devenir à chaque instant, à chaque angle de vue. Du moment que cette trace évoque d’autres architectures, d’autres possibles, d’autres histoires.

DJ, le 16/03/2005

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