Dominique Jalu

Voiles

mercredi 20 janvier 2010

Ecrit en mars 2009...

Comme je dis, un plat tendu sur un châssis, c’est déjà toute une cambrure. Je ne sais pas faire en trois dés. Dans mes brèves je vois des tronçons et des failles, des coups esquissés dans des ruptures de vagues, des chambrures au détail, vents d’ouest et ventaux de porte dans les forêts équatoriales, des temples épuisés qui se décharnent ou s’explosent dans la muraille. Je bois grand sous les arbres, comme le soul boit quand l’ivresse est déjà là.

Je lève les toiles directement sur la muraille et le rugueux. Je poinçonne même dans le plâtre avant l’accrochage et j’agraphone aussi si je veux du petit relief. Mais là, vous voyez, j’y mets de l’intention. Faux pas.

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Sous-bois
2009.03 - Acrylique sur toile 160 x 140 cm.

Vous voudriez que je compose ? Je ne fais que la pose. Le reste m’archevêque. Et sans combinaison, sapin sur la rage blanche. Et je prends ce qui est en pot et en trop. Suivant l’énergie j’éclabousse ou je pelisse au couteau à magique. Donc on s’attèle à rien, on concentre sur un fait divers, une répétition quelconque, un geste gymnastique, les pôles droit et gauche à la tronçonneuse et c’est tout. Pas de projet.

C’est une voile s’élevant. Je veux rire, c’est grand. Et plus serrant, j’en mange du jubile. Même si à la fin, ça flotte dans l’entourloupe, j’ai par cœur l’espace et le temps.

fissures

Donc j’affectionne sur le mur. Mais il y a des mirages qui prennent dans le dos. Une fois la toile agrafée, il n’y a plus qu’à s’accrocher à l’espérance que donne l’enduit du mur avec toutes ces misères qu’il réserve. Je travaille direct à la truelle. On dit que c’est un outil qui finit le son. Moi, je l’utilise à grandes enjambées. Il n’y a pas de reste au son. « Tout est bon » dit le rempart. Et le juste ment quand sa part est prise et qu’il fait râteau ensuite. Là, on trouve des pâtes à son qui sont belles. C’est-à-dire, pour être précis, que la couche qui vient dessus rend la couche qui vient dessous ou pliée ou présente suivant la transe de danses parentes. Les calculs se font automatiquement dans le marécage. J’explique là ce que je disais ci-dessus sur le sous bois. Sous la barque qui coule, les éraflures ressortent, les fissures du mur viennent en ramure, les plots et les trous font des cache-pots, des poteaux, des roseaux, enfin des matériaux photogéniques. Les sables mourants se gravillonnent, se soulèvent et proposent un rendu. Là il faut se reculer, chercher les horizontales et ne pas déplacer les montagnes. La couleur, c’est beau. Point. C’est l’îlot à frire. Pas de menton, pas de « Hein ! », pas de « Oh ! », pas de réseau pensant. Laisser le ton chasser et tirer la barque. Ça n’est pas un corps fini. Le créateur n’est pas aux pièces. Sept jours : c’est pas obligé.

chutes

Il faut toujours repartir à l’équilibre et - ce qui est dur - pas mollir. Il faut tenir les mains dans le bruit et, sur la grande route du voir, pister la trace à la trace, chambrer les éraflures. Les erreurs sentent la casse mais il faut retenir les mots son qui brouillent le bruit. C’est l’étape des crues des mers cruciales. Tenir sans verser dans la pente à ronds. Les images à ce moment ne sont pas sages. Elles polluent et asticotent les nervis brouilleurs. Il vaut mieux rester dans la technique tant que la toile est rance. Et elle danse encore sur ce stade. La tentation est en vie et la figure pointe le nez. Déjà le montage s’esquisse, veut envelopper la lettre…

Mais, attention ! Il guide vers la côte à sec du pinceau. A ce moment le faux sage ment : si on s’aide, j’ai le père surmoi. Et j’ai toute l’académie qui défile, les médailles, les punitions, les « que c’est laid « , les « que c’est beau « , les placebos. Râteau ! Râteau ! Râteau ! Écoute la toile ! Tant pis or pas tant pis. La suite doit couler jusqu’au torchis total de l’étalage et au vol des combles vide poussière. Cette phrase est rapine. Combien de choix j’ai vu : la touche mord à l’hameçon et les poissons s’en vont. La pente à ronds prend le dessus. Et la toile est bonne à blanchir ou à finir en chute de toile. Tâcher seulement dans la nuit de ne pas trop s’égoutter à se répéter : « Je suis nul, je suis nul, j’annule, Jalu nul… »

Mais si ça persienne, viennent les jours radis. L’or loge au bout. Alors danse, danse la rive. L’aspirateur à son peut tout amincir. Les jeux sont en fête. Et quand c’est l’année, alors la sol fa mi ré do. Y’a pas, c’est ut majeur, c’est jubilatoire, c’est Job et l’armoire, l’armoire à confiture. Avec son échelle on a le pot, le pot de se dire : là, c’est fini. La prochaine fois j’irai plus haut.

P.-S.

Voir aussi le dossier « Jalu 2009 » (PDF 14 Mo)

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